Revenir à la page des articles

La diète du Pochon

par Jean Mi

Thursday 10 September 2009article n°11

Pourquoi le Pochon est-il végétarien ? Pourquoi n’est-il pas 100% bio ?

Le Pochon est né il y a 30 ans.

Indépendamment des circonstances particulières et des motivations personnelles qui ont permis sa création, l’entreprise s’appuyait sur deux références théoriques majeures : 1-Yvan Illitch et Michel Bosquet et 2-sur l’énergie du Jerry Rubin de « Do it ». Ce dernier n’avait fait que formuler de façon attrayante et claire un état d’esprit très répandu dans les années 70 et l’ « l’après mai68 » qui consistait à oser réaliser ses désirs sans tergiverser interminablement : réaliser un projet est le meilleur moyen de tester sa faisabilité et l’authenticité de sa motivation. Fais-le ! auquel fait aujourd’hui curieusement écho le « Yes we can » d’ Obama.

Illitch dans son essai La convivialité, analysait de façon critique le rapport pervers que dans la civilisation industrielle nous avons avec les « machines » qui d’un côté sont censées nous libérer du travail et qui collatéralement font de nous leur serviteur. Avec le machinisme le serviteur prend la place son maître. Illitch proposait de généraliser autant que possible l’usage de l’outil qui comme tel reste « maîtrisable ». Dans cette perspective Le Pochon a dans sa pratique initiale et durant ces 30 années d’existence privilégié l’utilisation d’outils simples facilement maîtrisables et peu gourmands en énergie et bon marché.ragraphe

Michel Bosquet (André Gorz) dans un recueil d’articles posait en 1975 les bases de l’ écologie politique, alertait sur les conséquences écologiques désastreuses du productivisme, du capitalisme et liait prioritairement le combat écologique à la mise en place d’une société progressivement « autogestionnaire » et, avec Jacques Ellul, proposait d’agir localement et de penser globalement.

Le Pochon dès le départ et indépendamment de son statut juridique a pris en compte ces différentes exigences, dans le choix de l’organisation matérielle (matériel de récupération peu sophistiqué) et de l’organisation du travail (autogestion maximale : c’est-à-dire fixation collective des objectifs, autonomie maximale des intervenants et égalité des rémunérations).

Dans ce contexte nous avons eu le souci de promouvoir l’alimentation végétarienne motivé 1-écologiquement par le souci de produire des protéines moins gourmandes en énergie et en surface cultivable 2- économiquement par une volonté de contribuer ainsi à l’autonomie alimentaire du sud et l’accès à une alimentation meilleur marché 3- Hygiéniquement par un souci de santé menacée par une alimentation trop carnée 4-moralement par le souci de minimiser les souffrances animales augmentées par l’élevage industriel.

Comme la motivation écologique était prédominante le choix du bio paru dès l’origine « naturel » en dépit de ses difficultés bien que nous n’ayons jamais pu le tenir à 100% nous nous sommes efforcés au maximum compatible avec les autres contraintes : - choix assumé de faire des repas à bas prix : le Pochon s’adresse à un public populaire même s’il ne l’atteint pas vraiment - équilibre économique de l’entreprise - facilité de l’approvisionnement - qualité « gastronomique » (variété, faisabilité et saveurs des plats proposés).

Dans cet esprit la première année a été malgré les difficultés d’approvisionnement de l’époque (marché bio de Mulhouse hebdomadaire, produits laitiers lorrains livrés chaque semaine, vin bio à Gray, le grossiste Celnat déjà pour les céréales, Pont-Saint-Esprit pour l’huile d’olives etc...et localement Nature et vie qui vint loger dans nos murs avant de devenir le Grenier Vert.

Puis par la suite, fonction des circonstances et toujours dans l’optique de faire durer le Pochon la proportion de bio a décru : pendant des années environ 50/60% puis depuis 2005 1/3 seulement. Cette diminution étant motivée par la nécessité de rembourser un emprunt contracté faire face à un important redressement Fiscal et Urssaf. Nous en viendrons à bout en octobre prochain et cette circonstance ajoutée à la perspective du passage à 5% de la TVA nous permettra de majorer au maximum l’utilisation des produits bio dans la confection des repas.

Le Pochon magique est tenu par plusieurs exigences qui sont liées: la survie économique, le maintien de la convivialité interne (autonomie personnelle, autogestion de l’équipe, égalité salariale) les habitudes alimentaires des convives, le coût du bio. L’équilibre instable a été sauvegardé jusqu’à aujourd’hui, a permis d’affronter avec succès les divers aléas rencontrés et rend compte de la réalité imparfaite de ce qui reste une expérience pas nécessairement transposable.